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L’approche constructionnelle de l’éducation animale

11 août
9 min de lecture
Deux chevaux se touchant tendrement la tête sous un ciel bleu et ensoleillé, entourés d'une verdure luxuriante.
Voici un comportement affiliatif qui a été appris par approche constructionnelle.

Comprendre, construire et accompagner les comportements

L’approche constructionnelle de l’éducation animale connaît aujourd’hui un intérêt croissant. Elle propose de ne pas centrer l’intervention sur l’élimination des comportements considérés comme problématiques, mais sur la construction de nouveaux répertoires comportementaux permettant à l’animal de réussir.

Cette approche accorde une place importante au bien-être émotionnel de l’animal. Elle cherche à concevoir des interventions qui maximisent les bénéfices tout en minimisant les dommages et la coercition.

Elle s'appuie notamment sur trois composantes importantes :

  • la construction de répertoires comportementaux ;

  • l’analyse non linéaire des contingences ;

  • les degrés de liberté.

Ces différents éléments permettent notamment de mieux comprendre et d’atténuer la frustration et l’agressivité.

L'objectif n'est pas seulement de faire disparaître un comportement : il est de construire les compétences et les conditions qui permettent à l'animal de réussir.

1. Une approche constructionnelle : de quoi parle-t-on ?

L’approche constructionnelle s’inscrit dans les travaux d’Israël Goldiamond et a été développée par différents scientifiques et praticiens.

Elle ne constitue donc pas une « nouvelle mode » de l’éducation animale. L’article fondateur de Goldiamond date de 1974. L’approche est aujourd’hui davantage visible dans le domaine de l’éducation animale.

Elle s’appuie sur les contributions de l’analyse du comportement, notamment celles de Skinner, mais les développe dans une perspective constructionnelle.

Dans le monde équestre, il est particulièrement important de distinguer cette approche des nombreuses méthodes, recettes ou tendances qui peuvent apparaître puis disparaître sans nécessairement reposer sur une base scientifique.


2. Une différence fondamentale : éliminer ou construire ?

Imaginons un cheval qui recule devant un van = comportement focal

Une approche centrée sur le problème pourrait poser la question :

« Comment faire pour que le cheval arrête de reculer ? »

L’approche constructionnelle pose une question différente :

« Quels comportements et quelles compétences devons-nous construire pour que le cheval puisse entrer dans le van et y rester avec davantage de facilité ? »

La différence est importante.

Approche centrée sur le comportement à éliminer

Le cheval recule → comment supprimer le recul ?

Approche constructionnelle

Le cheval recule → qu’est-ce qui lui manque pour pouvoir adopter le comportement souhaité ?

On s’intéresse donc davantage à ce qui doit être construit qu’à ce qui doit être supprimé.



3. Les cinq éléments essentiels

Une approche constructionnelle comporte cinq éléments essentiels, applicables aussi bien au cheval qu’au cavalier.

Ils ne constituent pas cinq étapes à suivre une seule fois.

Ce sont plutôt cinq questions auxquelles on revient continuellement pendant l’éducation.


1. Où veut-on aller ?

→ Le répertoire terminal de comportements

Que voulons-nous que le cheval sache faire ?


2. Où en est-on actuellement ?

→ Le répertoire actuel

Que sait déjà faire le cheval ?


3. Comment peut-on y arriver ?

→ Les procédures de changement

Quelles procédures allons-nous utiliser pour construire les nouveaux comportements ?


4. Qu’est-ce qui permet de continuer ?

→ La motivation et les conséquences

Quelles conséquences permettent de maintenir les comportements ?


5. Comment savoir où on en est ?

→ L’enregistrement des progrès

Comment allons-nous mesurer l’évolution ?

Ces cinq questions doivent rester présentes tout au long du processus d’éducation.


4. Premier élément : construire le répertoire terminal

Le répertoire terminal correspond aux comportements que nous souhaitons que l’apprenant puisse réaliser.

Pour un cheval, il peut s'agir par exemple de :

  • mettre un licol

  • entrer dans un van ;

  • rester immobile pendant les soins ;

  • présenter volontairement un membre ;

  • suivre une cible ;

  • se déplacer sur un signal ;

  • rester stationné ;

  • accepter différentes manipulations.

Mais il ne suffit pas de dire :

« Je veux un cheval calme et coopératif. »

Il faut déterminer ce que le cheval doit concrètement savoir faire.

Plus l'objectif comportemental est précis, plus il devient possible de construire les compétences nécessaires.


5. Deuxième élément : connaître le répertoire actuel

Avant de construire un nouveau comportement, il faut savoir ce que le cheval sait déjà faire.

On cherche donc à identifier son répertoire actuel.

Par exemple, avant de travailler l'entrée dans le van, le cheval sait peut-être déjà :

  • marcher vers le van ;

  • s'arrêter devant le van ;

  • rester immobile ;

  • suivre une cible ;

  • avancer sur une demande ;

  • reculer sur signal.

Ces compétences existantes constituent les matériaux à partir desquels on peut construire le nouveau répertoire.

On ne part pas de zéro : on construit à partir de ce que l’apprenant sait déjà faire.

6. Troisième élément : comment construire le comportement ?

Il faut ensuite déterminer quelles procédures vont permettre de passer du répertoire actuel au répertoire souhaité.

Le façonnage peut notamment être utilisé.

L'objectif est de construire progressivement les comportements nécessaires, plutôt que de chercher directement à obtenir le comportement final.

Exemple : entrer dans le van

Le cheval peut apprendre progressivement à :

  1. regarder le van ;

  2. s'en approcher ;

  3. rester à proximité ;

  4. orienter son corps vers l'entrée ;

  5. placer un pied sur le pont ; puis 2 puis 3 puis 4

  6. avancer à l’intérieur;

  7. entrer complètement ;

  8. rester dans le van ;

  9. ressortir calmement.

Chaque étape permet de construire les compétences nécessaires à la suivante.


7. Quatrième élément : qu'est-ce qui permet au comportement de se maintenir ?

Un comportement ne se maintient pas simplement parce que nous souhaitons qu'il existe.

Il se maintient en fonction des conséquences qui suivent le comportement.

Il faut donc se demander :

« Qu'est-ce qui permet à ce comportement de perdurer? »

L'approche constructionnelle ne présuppose pas qu'une seule catégorie de renforcement soit toujours appropriée.

Le renforcement peut être positif ou négatif selon les contingences qui maintiennent le comportement.

L'important est donc de comprendre ce qui fonctionne réellement dans le système comportemental considéré.



8. Cinquième élément : comment savoir si nous progressons ?

Une approche scientifique nécessite de pouvoir observer et enregistrer les progrès.

On peut par exemple mesurer :

  • les conditions dans lesquelles le comportement apparaît.

  • la fréquence d'un comportement ;

  • sa durée ;

  • sa latence ;

  • le nombre de réussites ;

  • les étapes atteintes ;


Exemple

Pour l'entrée dans le van :


On peut noter les étapes atteintes

Séance

Avancée maximale

1

approche à 3 m

2

approche à 1 m

3

deux pieds sur le pont

4

quatre pieds dans le van

5

reste 10 secondes dans le van

Ces données permettent de savoir où en est réellement le cheval.



9. L'analyse non linéaire des contingences

L'approche constructionnelle ne se limite pas à une analyse simple :

Antécédent → comportement → conséquence

Elle cherche à prendre en compte l'ensemble du système qui influence le comportement focal

(le recul devant le van.)

Cela implique notamment de considérer :

  • les différentes contingences présentes ;

  • les coûts et bénéfices des différentes contingences ;

  • les interactions entre les différentes contingences ;

  • la manière dont plusieurs contingences peuvent se superposer.

L'objectif est de comprendre ce qui maintient réellement le comportement focal.



Exemple avec un cheval et un van.

Un cheval recule lorsque le cavalier lui demande d’avancer vers en van

Il serait trop simple de conclure :

« Le cheval ne veut pas avancer. »

Il faut examiner l'ensemble du système :

  • L'environnement : passagé, bruyant, calme. Le van est dans un endroit connu ou inconnu du cheval, près ou loin d’autres chevaux familiers ou non , en présence ou absence d’un cheval ami?

  • Ce qui se passe avant la demande : le niveau de stress du cheval.

  • La contingence principale : le cheval veut s’éloigner du van en reculant : il veut de la distance . La distance est ici la conséquence critique ou essentielle (celle que le cheval veut absolument) et nous sommes en présence d’une contingence R-.

  • La nature de la demande : est il est poussé, tiré (contingence R-) ou attiré (contingence R+) vers le van ?

  • Les conséquences de l'avance : la pression est relâchée, le tapotement de la cravache s’arrête, (contingence R-) le cheval reçoit quelque chose à manger, (contingence R+) il peut reculer ou faire demi tour après avoir avancé, (contingence R-) rien ne change  (contingence P-)?

  • Les conséquences de l'immobilité : la pression s’intensifie, (contingence P+) rien ne change, (contingence P-) il peut reculer (contingence R-) il reçoit une croquette (contingence R+)?

  • Les contingences superposées : ce sont toutes les contingences qui sont rajoutées par le cavalier à la contingence principale. La distance dans ce cas est le seul moyen de renforcer une avance vers le van.

  • Les autres comportements disponibles : faire demi-tour, se cabrer, fuir, se précipiter pour fuir sur le côté du van, rentrer précipitamment dans le van pour ressortir aussitôt  (contingences R- car tous ces comportements permettent d’obtenir la conséquence critique : la distance du van, mais coût énergétique élevé).

    Rester immobile et avancer vers le vers le van ne seront choisit par le cheval que s'il obtient la conséquence critique: de la distance avec le van.

  • Les compétences déjà acquises : avancer sur un signal, monter une petite marche, marcher sur des surfaces inhabituelles, passer dans un passage étroit, passer sous une barre (branche basse) ?

Le comportement est alors considéré dans l'ensemble du système qui le maintient.



10. Les degrés de liberté

Les degrés de liberté correspondent aux différentes possibilités dont dispose l’animal pour accéder à la conséquence qu’il recherche.

Autrement dit :

Combien de véritables choix le cheval possède-t-il ?

Un cheval peut avoir plusieurs comportements possibles permettant d'obtenir une même conséquence, tout comportement calme face au van doivent lui permettre de s'en éloigner.

Augmenter ces possibilités peut :

  • réduire la coercition ;

  • donner des informations sur les contingences qui influencent le comportement ;

  • permettre de mieux comprendre les préférences de l'animal ;

  • offrir un choix véritable.



11. Pourquoi les choix sont-ils importants ?

L'objectif n'est pas d'obtenir un cheval qui exécute mécaniquement tout ce qu'on lui demande.

L'idée est de permettre au cheval de participer à son apprentissage.

Un cheval qui dispose de plusieurs moyens d'accéder à une conséquence essentielle peut davantage exprimer ses préférences.

On ne cherche pas un cheval « statue » : on cherche un cheval capable de donner des informations sur son apprentissage.

Pour que ce choix soit véritable, il faut que le cheval ait réellement accès à la conséquence essentielle ou critique par différents comportements ou différentes possibilités.



12. Les émotions : des informations sur les contingences

Dans cette approche, les émotions et les comportements émotionnels sont considérés comme résultant de contingences.

Cela conduit à une idée importante :

Si nous voulons modifier les émotions, nous devons modifier les contingences.

Ainsi, lorsqu'un cheval manifeste une réponse émotionnelle, plutôt que de chercher uniquement à supprimer cette réponse, on cherche à comprendre les conditions qui la produisent et la maintiennent.



13. Construire plutôt que supprimer

L'approche constructionnelle cherche à se concentrer sur les compétences manquantes plutôt que sur les comportements à éliminer.

Elle évite notamment de centrer l'intervention sur :

  • les procédures de réduction du comportement ;

  • l'extinction ;

  • les renforcements différentiels de comportements alternatifs ou incompatibles ;

  • la punition ;

  • les thérapies d'exposition.

L'objectif est de construire un répertoire qui permette à l'apprenant de réussir.

14. Exemple : un cheval qui manifeste de la peur

Imaginons un cheval qui manifeste une réaction de peur face à un objet dans notre exemple : le van.

Une approche classique pourrait chercher à diminuer progressivement la réaction grâce à une exposition graduelle.

Dans l'approche présentée ici, on cherchera plutôt à comprendre :

  • quelles contingences produisent la réaction ;

  • quelles contingences la maintiennent ;

  • quels comportements alternatifs peuvent être construits ;

  • quelles conséquences sont importantes pour le cheval ;

  • quelles possibilités de choix peuvent être proposées.

L'objectif est donc de modifier les contingences plutôt que de chercher directement à supprimer la réponse émotionnelle.



15. Le questionnaire constructionnel

Le questionnaire constructionnel a été élaboré grâce à la collaboration de plusieurs praticiens et scientifiques.

Il se concentre sur :

  1. la construction de répertoires ;

  2. l'analyse non linéaire des contingences ;

  3. la compréhension du système qui influence le comportement.

Il ne s'agit donc pas simplement de chercher :

« Comment supprimer ce comportement problématique ? »

mais plutôt :

« Que devons-nous construire et quelles contingences devons-nous modifier pour permettre à l'animal de réussir ? »


16. Comment commencer à adopter une approche constructionnelle ?


Pour commencer à intégrer cette démarche dans l'éducation d'un cheval :

1. Décrire ce que l'on veut construire

Quel comportement voulons-nous voir apparaître ?

2. Décrire le répertoire actuel

Que sait déjà faire le cheval ?

3. Identifier les compétences manquantes

Qu'est-ce qui lui manque pour réussir ?

4. Examiner les contingences

Qu'est-ce qui influence et maintient le comportement ?

5. Construire progressivement

Quelle procédure permet de développer les compétences nécessaires ?

6. Donner de véritables choix

Quelles possibilités le cheval a-t-il pour accéder aux conséquences importantes pour lui ?

7. Mesurer

Comment saurons-nous que le comportement évolue ?

8. Ajuster

Que nous apprennent les résultats ?


17. Le fil conducteur

On peut résumer l'approche constructionnelle avec une série de questions :

Où voulons-nous aller ?↓Où en sommes-nous ?↓Qu'est-ce qui manque ?↓Quelles contingences influencent le comportement ?↓Que pouvons-nous construire ?↓Quelles conséquences permettent de maintenir le comportement ?↓Quels choix pouvons-nous offrir ?↓Comment mesurer les progrès ?↓Que nous apprennent les résultats

18. À retenir

L'approche constructionnelle ne consiste pas simplement à appliquer cinq étapes.

Les cinq éléments sont des repères permanents auxquels on revient tout au long de l'éducation.

Elle cherche à :

  • construire des répertoires plutôt qu'à éliminer des comportements ;

  • développer les compétences nécessaires à la réussite ;

  • analyser l'ensemble du système comportemental ;

  • prendre en compte les contingences qui maintiennent les comportements ;

  • proposer de véritables degrés de liberté ;

  • améliorer le bien-être émotionnel ;

  • mesurer les progrès ;

  • adapter continuellement l'intervention.


La question centrale devient alors :

« Que pouvons-nous construire pour permettre à ce cheval de réussir ? »

plutôt que :

« Comment faire disparaître ce comportement ? »

les 5 questions à avoir en tête pendant une séance

Question

Ce que l'on cherche

Où voulons-nous aller ?

Répertoire terminal

Où en sommes-nous ?

Répertoire actuel

Comment y arriver ?

Procédures de changement

Qu'est-ce qui permet de continuer ?

Conséquences / motivation

Comment savoir où on en est ?

Mesure des progrès



Référence du document : Goldiamond (1974), Toward a constructional approach to social problems: Ethical and constitutional issues raised by applied behavior analysis. Behavior and Social Issues, 11, 108-197. Retrieved from http://doi.org/10.5210/bsi.v11i2.92

                      Jo Layng (2022)

                      Paul Andronis

Jesus Rosales Ruiz

 Heidenreich (2024), A Constructional Approach to Animal Training: An Overview. https://animaltrainingfundamentals.com/courses/a-constructional-approach-to-animal-training-an-overview/



 
 
 

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